Compte-rendu du séminaire du Grhéco tenu en 2014-2015

Parmi les axes scientifiques définis par le groupe d’histoire économique du CRH (le Grhéco), figure l’étude de l’action économique de l’Etat. A travers plusieurs exemples puisés dans des secteurs et des périodes allant de l’Antiquité à nos jours, ce séminaire entend nourrir les réflexions des historiens et proposer une réflexion neuve sur un thème d’histoire économique à réinterpréter et à renouveler. Par les recherches nouvelles qui ont été présentées cette année, nous avons pu alimenter quatre dimensions du sujet.

1° Les objectifs de l’État ou la politique économique, entre discours et réalité.

À travers plusieurs interventions touchant à des domaines et des périodes différentes, les politiques publiques qui ont été appréhendées ont mis au jour la dualité et l’ambivalence des actions menées par la puissance publique.

Les enquêtes agricoles sous le second Empire, qui avaient pour objectif affiché de définir les besoins de l’agriculture ont en réalité servi politiquement à justifier le libre-échange (N. Vivier).Dans les régimes fascistes, sous couvert de modernisation de l’agriculture, l’Etat a pris en main ce secteur vital pour assurer son indépendance en matière de ravitaillement (J. Pan). Après 1945, en France, le discours récurrent de l’Etat sur la nécessaire modernisation financière ne s’accompagne pas des mesures adéquates avant le milieu des années 1980 (L. Quennouëlle). En contre-exemple, la réussite de « L’Etat entrepreneur » en France avec la création de la DGT, organisation innovante des années 1970 qui permet le rattrapage puis le succès de la téléphonie (M. Carpenter).

2° Quelques échantillons de la panoplie des outils de l’État

Par des lois et des réglementations, par le biais des ressources qu’il procure, ou bien du fait de sa propre qualité d’acteur, l’intervention de l’État contribue à dessiner l’activité économique d’un secteur. Quelques exemples en ont été fournis : l’exemption fiscale fut un outil économique utilisé par les cités antiques pour répondre à des crises, des guerres mais aussi pour attirer des professions (A. Carrara). Au XVIIIe s, le financement des infrastructures apparaît comme un enjeu crucial pour affirmer les prérogatives de l’Etat français en matière de travaux publics. Enfin, l’Etat s’est fait entrepreneur en donnant de gros moyens budgétaires et humains au téléphone dans les années 1970-1980 pour rattraper le retard français. D’autre part, l’interaction entre l’État et le milieu économique a été mise au jour à travers l’exemple du corporatisme agricole en période fasciste, qui s’est appuyé sur la cooptation des dirigeants agraires.

3° Les acteurs publics, diversité des stratégies.

Les institutions publiques qui interagissent parfois dans les mêmes sphères n’ont pas les mêmes logiques, les mêmes cultures, ni les mêmes objectifs. Des approches de sociohistoire ont renouvelé les recherches sur les acteurs au sein de l’Etat.

Pour le XVIIIe siècle, A. Conchon a souligné la diversité des acteurs publics dans le financement des transports et le rôle actif des administrateurs des Ponts et Chaussées à côté de celui des ingénieurs. Au XXe siècle, les hauts fonctionnaires des Finances se sont montrés plutôt frileux en matière de crédit à la consommation (S. Effosse) et d’ouverture financière (L. Quennouëlle). En revanche, la Direction générale des télécommunications, organisation autonome au sien du ministère des PTT, a été une source d’innovations (Minitel) grâce au contrôle des technologies, du processus, du budget et de la recherche et grâce au dynamisme des ingénieurs du corps des Télécoms.

4° Des modèles et des influences transnationales, d’une période à l’autre

Tout au long des siècles, la circulation des savoirs et des techniques s’est opérée dans de nombreux secteurs. Ainsi, en matière de politique agricole en période fasciste, le corporatisme italien a servi de référence, sans oublier la diffusion du savoir technique allemand ou français. En matière de réforme et d’ouverture financière, la France s’est inspirée tardivement du Royaume-Uni et des Etats-Unis mais elle a choisi des techniques de cotation en continu canadiennes ou européennes.

Les analogies relevées d’une période et d’un secteur à l’autre ne doivent pas cacher des éléments de différenciation : par exemple, les enquêtes agricoles ont été bien plus efficaces à l’étranger qu’en France, qui reste toutefois à l’époque une référence, comme le modèle anglais. La politique industrielle française des années 1970 garde toute sa spécificité.

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